Rue commerçante d'un centre-ville allemand

Quelle langue parle-t-on en Allemagne ?

L'allemand, évidemment. Mais la vraie question est ailleurs : jusqu'où l'anglais vous mène-t-il, et où s'arrête-t-il net.

Quelle langue parle-t-on en Allemagne ?

L'allemand, le Deutsch, est la seule langue officielle du pays et la langue maternelle de la très grande majorité de la population. C'est aussi la langue maternelle la plus répandue de l'Union européenne, devant le français et l'italien, avec des locuteurs en Autriche, en Suisse, au Luxembourg, au Liechtenstein et dans l'est de la Belgique.

L'allemand, langue officielle : quel statut exactement ?

Une nuance juridique amusante, et rarement écrite en français : la Loi fondamentale allemande ne désigne aucune langue nationale. Contrairement à la Constitution française, qui affirme depuis 1992 que la langue de la République est le français, la Constitution allemande est muette sur ce point. Le statut officiel de l'allemand découle de textes de procédure, notamment la loi sur la procédure administrative, qui dispose que la langue de l'administration est l'allemand. C'est donc un fait procédural plus qu'un principe constitutionnel, mais l'effet pratique est le même.

Le Hochdeutsch, l'allemand standard

D'où vient l'allemand standard

L'allemand que l'on apprend à l'école est le Hochdeutsch, littéralement le haut allemand, terme qui renvoie à une géographie, les régions élevées du sud, et non à un registre soutenu. Sa formation doit beaucoup à la traduction de la Bible par Luther au XVIᵉ siècle, qui a donné à l'espace germanophone morcelé une référence écrite commune. La normalisation orthographique et grammaticale s'est achevée au XIXᵉ siècle, en même temps que l'unification politique. L'histoire de l'Allemagne.

La réforme de l'orthographe et le ß

Une réforme orthographique a été adoptée en 1996, puis révisée en 2006 après une longue controverse publique. Elle a modifié l'emploi du ß, l'Eszett, cette lettre propre à l'allemand qui transcrit un s dur. Deux points concrets : le ß est utilisé en Allemagne et en Autriche mais pas en Suisse, qui écrit systématiquement ss ; et une version majuscule, le ẞ, est officiellement admise depuis 2017, ce qui a réglé un vieux problème typographique.

Les dialectes allemands, du plattdeutsch au bavarois

Point important pour un francophone qui a appris l'allemand : les dialectes allemands ne sont pas des accents. Certains sont de véritables variétés linguistiques, avec leur propre grammaire et leur propre vocabulaire, et certains sont mutuellement inintelligibles. Un Hambourgeois et un Bavarois parlant chacun leur dialecte ne se comprennent pas. Tous, en revanche, maîtrisent le Hochdeutsch et y basculent naturellement face à un étranger.

Le nord

Le bas-allemand, ou Plattdeutsch, couvre toute la plaine du nord. Il est linguistiquement plus proche du néerlandais que du Hochdeutsch, et il est aujourd'hui reconnu comme langue régionale à part entière. Il recule fortement mais reste vivant dans les campagnes du Schleswig-Holstein et de Basse-Saxe. Bonne nouvelle pour le visiteur : le nord est aussi la région où l'on parle le Hochdeutsch le plus pur et le plus facile à comprendre.

Le centre

Les parlers rhénans autour de Cologne, le hessois autour de Francfort, le francique et le saxon à l'est. Le saxon, très reconnaissable, est souvent le dialecte le plus moqué d'Allemagne, ce que les Saxons prennent avec un certain fatalisme.

Le sud

Le bavarois, le souabe autour de Stuttgart et l'alémanique dans le pays de Bade forment le groupe le plus vivace : le dialecte y est parlé au quotidien, y compris par les jeunes et les cadres, et il est un marqueur d'identité assumé. Le Bade-Wurtemberg s'en amuse d'ailleurs officiellement avec un slogan revendiquant tout savoir faire sauf parler le Hochdeutsch.

La Bavière et la carte des Länder situent ces aires.

Les langues minoritaires reconnues

Contenu absent de la quasi-totalité des pages françaises : l'Allemagne reconnaît et protège officiellement cinq langues au titre de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, qu'elle a ratifiée.

LangueStatut
DanoisSchleswig du Nord, à la frontière danoiseLangue minoritaire reconnue
Frison septentrional et sateroisCôte de la mer du Nord et Basse-SaxeLangue minoritaire reconnue
Bas-allemandTout le nord du paysLangue régionale reconnue
Sorabe, haut et basSaxe et Brandebourg, en LusaceLangue minoritaire reconnue
RomaniSans territoire propreLangue minoritaire reconnue

Le cas le plus étonnant est le sorabe, langue slave parlée en Lusace, à l'est de la Saxe et au sud du Brandebourg, par une communauté installée là depuis plus d'un millénaire. Les panneaux y sont bilingues, et l'enseignement en sorabe existe. Beaucoup de visiteurs français ignorent complètement qu'une langue slave est parlée en Allemagne.

Parle-t-on anglais en Allemagne ?

Réponse honnête : oui dans les grandes villes, dans l'hôtellerie, le tourisme et chez les moins de quarante ans, où le niveau est généralement bon, souvent meilleur qu'en France. Beaucoup moins dans les petites villes, en zone rurale, dans l'est du pays et chez les générations plus âgées. Les deux affirmations opposées qu'on lit partout, « tout le monde parle anglais » et « personne ne parle anglais », sont fausses toutes les deux.

En voyage : ce qui passe et ce qui ne passe pas

Ça passe : hôtels, restaurants de centre-ville, musées, gares principales, sites touristiques, personnel des grandes enseignes. Vous n'aurez aucun problème pour un séjour à Berlin, Munich ou Hambourg.

C'est aléatoire : boulangeries et commerces de quartier, transports régionaux, contrôleurs, taxis, restaurants de village, pharmacies. Quelques mots d'allemand y changent tout, moins pour se faire comprendre que pour l'accueil qu'on vous réserve.

Dans l'administration : l'allemand, et rien d'autre

Au travail : ça dépend entièrement du secteur

Dans la tech, la recherche, la finance à Francfort et les grands groupes internationaux, l'anglais est souvent la langue de travail effective, et Berlin compte des entreprises entières où l'allemand n'est pas nécessaire. Dans l'artisanat, la santé, le commerce, la fonction publique et la grande majorité des PME du Mittelstand, l'allemand est indispensable, avec un niveau souvent exigé formellement. Travailler en Allemagne détaille les niveaux attendus métier par métier.

Le français en Allemagne

Le français reste la deuxième langue vivante la plus enseignée dans le système scolaire allemand après l'anglais, même s'il recule au profit de l'espagnol. Il est nettement mieux implanté dans les Länder frontaliers : la Sarre, le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat.

Le cas de la Sarre mérite d'être connu : ce Land a adopté en 2014 une stratégie officielle visant à devenir bilingue français-allemand à l'horizon 2043, avec un enseignement du français dès la maternelle. C'est unique en Europe, et c'est une information très utile pour les frontaliers mosellans et leurs enfants. Le statut de frontalier.

Ce qui rend l'allemand difficile, et ce qui ne l'est pas

Ce qui est difficile : trois genres grammaticaux sans logique apparente, quatre cas qui font varier les articles et les adjectifs, un verbe conjugué rejeté en fin de proposition subordonnée qui oblige à écouter une phrase entière avant de la comprendre, et des mots composés qui peuvent s'allonger indéfiniment.

Ce qui est facile, et qu'on ne dit jamais : la prononciation est parfaitement régulière, l'orthographe est phonétique, il n'y a pratiquement aucune exception de lecture. Un mot allemand lu se prononce comme il s'écrit, ce qui est loin d'être le cas du français ou de l'anglais. Et une part notable du vocabulaire est reconnaissable pour un francophone passé par l'anglais, les deux langues étant germaniques.

Quelques mots d'allemand utiles en voyage

FrançaisAllemandPrononciation approchée
BonjourGuten Taggoutène tag
Bonjour (sud)Grüß Gottgruss gott
MerciDankedan-ke
S'il vous plaîtBittebit-te
Excusez-moiEntschuldigungent-choul-di-goung
Oui / NonJa / Neinya / naïne
Parlez-vous anglais ?Sprechen Sie Englisch?chpré-ren zi ène-glich
Je ne parle pas allemandIch spreche kein Deutschich chpré-re kaïne doïtch
L'addition, s'il vous plaîtDie Rechnung, bittedi rèr-noung bit-te
Combien ça coûte ?Was kostet das?vass kos-tète dass
Où sont les toilettes ?Wo ist die Toilette?vo ist di toi-lè-te
Au revoirAuf Wiedersehenaouf vi-der-zé-eune

Une remarque régionale utile : dans le sud, en Bavière et en Autriche, on salue par Grüß Gott plutôt que par Guten Tag, et l'emploi du second peut vous faire immédiatement identifier comme venant du nord.

Apprendre l'allemand : par où commencer

Cette page décrit ce qu'on parle en Allemagne. Pour la question pratique, niveaux du cadre européen, certifications reconnues, cours en présentiel ou en ligne, temps nécessaire pour être opérationnel, la page consacrée à l'apprentissage de l'allemand traite tout le sujet.

La langue est l'un des marqueurs les plus solides de l'identité allemande. Les autres, du drapeau à la monnaie, sont réunis dans nos repères sur l'Allemagne .

Questions fréquentes sur la langue allemande

L'allemand, appelé Deutsch, est la seule langue officielle du pays. Il est la langue maternelle de la très grande majorité de la population et la langue maternelle la plus répandue dans l'Union européenne, devant le français et l'italien.

Oui, sans réelle difficulté dans les grandes villes et sur les sites touristiques, où l'anglais est bien pratiqué. En zone rurale, dans les petits commerces et dans les transports régionaux, c'est plus aléatoire : quelques mots d'allemand rendent service.

Oui, et ce sont de véritables variétés linguistiques, pas de simples accents. Le bavarois, le souabe, l'alémanique, le saxon ou le bas-allemand peuvent être difficilement compréhensibles pour un locuteur d'allemand standard, y compris allemand lui-même.

Le danois dans le Schleswig du Nord, le frison septentrional et saterois, le bas-allemand, le sorabe en Saxe et dans le Brandebourg, ainsi que le romani. Toutes bénéficient d'une protection au titre de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

Cela dépend entièrement du secteur. Dans la tech, la recherche et les grands groupes internationaux, l'anglais est souvent la langue de travail. Dans la santé, l'artisanat, le commerce et la fonction publique, un niveau d'allemand est exigé, souvent formellement certifié.